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Au Malawi : Lisandra Lannes

Les observations d’une conseillère genre



Depuis l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing lors de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, 1995), les gouvernements se sont engagés politiquement à établir un nouveau partenariat fondé sur l’égalité des sexes afin d’atteindre le développement durable. La question du genre est devenue dès lors un préalable essentiel au développement des populations.

Le métier de conseillère en genre n’a cessé de gagner en importance dans les pays du Sud au cours des dernières années. Les formations en genre, comme outils de promotion des valeurs égalitaires, se sont également multipliées dans les pays du Nord et du Sud.

Lisandra Lannes, conseillère en genre en 2008-2009 auprès de CADECOM, un partenaire d’Uniterra basé à Mangochi au Malawi résume ses observations.

Qu’est-ce que le genre?
Le genre fait référence aux rôles et responsabilités, dévolus aux femmes et aux hommes, qui sont façonnés au sein de nos familles, de nos sociétés et de nos cultures. La pleine participation de tous les groupes sociaux, notamment les femmes, au développement suppose que l’on s’attaque aux inégalités et aux relations de domination qui l’entravent dans le but de solliciter un changement d’attitude et de comportement.

« À la Catholic Development Commission of Malawi, je devais œuvrer principalement dans le secteur de l’agriculture. Mon mandat : s’assurer que les besoins des femmes et des hommes soient pris en considération dans les projets de développement axés sur la sécurité alimentaire, l’aide humanitaire et la reconstruction, l’eau et l’assainissement, la gestion des ressources naturelles, les associations et les coopératives, etc. dans un contexte où les pesanteurs socioculturelles constituent un obstacle à l’émancipation de la femme. »

Une conseillère en genre contribue à la promotion de la démocratie participative et de la gouvernance locale. Pour ma part, j’ai eu à adopter dans mon travail quotidien une approche participative de façon à impliquer les populations concernées dans la mise en œuvre des initiatives et des actions de développement. J’ai remarqué que l’approche de bas en haut (bottom up approach) est privilégiée pour répondre aux besoins exprimés par les bénéficiaires.

Au sein d’une organisation catholique, une conseillère en genre doit respecter les préceptes et les valeurs catholiques en tenant compte d’un discours relativement conservateur, ce qui peut parfois entrer en contradiction avec les principes féministes.

Contraintes et opportunités
Les formations en genre visent pour la plupart le renforcement des capacités et des compétences. Les différents groupes cibles participent activement à l’identification des disparités de genre dans leur milieu et jouent un rôle important dans la mise en œuvre des transformations nécessaires à l’atteinte de l’égalité, en proposant des mesures d’accompagnement pour améliorer la situation.

Au Malawi, les formations en genre demeurent un outil d’éducation populaire pour les communautés (bénéficiaires) et favorisent un important travail de sensibilisation. En parallèle, elles se spécialisent davantage lorsqu’elles sont destinées aux responsables des programmes (coordonnateurs) ou directeurs exécutifs (décideurs). Les nouvelles exigences en matière d’égalité obligent désormais les organismes de développement à créer des mécanismes propices à l’intégration de la dimension genre au sein de la planification des politiques, des programmes et des projets.



Ces formations servent de levier à l’institutionnalisation du genre et doivent s’inscrire dans un plan d’action concret qui fixe des objectifs, des indicateurs de performance et des résultats réalistes et clairs visant l’atteinte de l’égalité des sexes. Une amorce de changement social en faveur d’une meilleure répartition des tâches au sein de la famille et de la société passe par la mobilisation de l’ensemble des groupes sociaux, notamment des leaders communautaires, qui doivent épouser la « cause genre ». L’élaboration de stratégies d’action commune permet de susciter leur engagement en les ralliant à la cause. Une bonne intégration transversale du genre implique en outre que les directeurs exécutifs s’engagent formellement dans l’action.

Enfin, il faut aussi replacer les femmes du Malawi dans leur contexte socioculturel en mentionnant qu’elles ne revendiquent pas forcément une position égale à celle de l’homme, contrairement aux féministes. Toutefois, certaines d’entre elles, ne se satisfont pourtant pas d’une relation de complémentarité et aspirent à des rapports beaucoup plus égalitaires.

Fotina Imani, responsable de programme, de CADECOM résume bien le contexte :
« Les femmes malawites sont confrontées à certains problèmes relationnels qui empêchent la répartition équitable des rôles et des responsabilités entre les deux sexes : la charge de travail excessive, le contrôle des biens et des ressources, la contribution limitée au processus de prise de décision et la répartition inégale des revenus des ménages. »

Les acteurs du développement doivent donc continuer à promouvoir l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes dans l’espoir qu’elles prennent un jour la place qui leur revient de plein droit.

Texte et photos : Lisandra Lannes, volontaire
Conseillère en genre CADECOM, Mangochi au Malawi (2008-2009)