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S'émanciper grâce à l'alphabétisation

Partenaires

L'alphabétisation au coeur du développement: un pont entre le Nord et le Sud

L'Atelier des lettres à Niamey...

Martine Fillion
Atelier des lettres et représentante du RGPAQ

Je suis ravie de prendre la parole ce soir. Comme je suis la dernière, je me permettrais d'y aller d'un commentaire peut-être un peu plus personnel. C'est une belle occasion pour moi d'exprimer combien les partenariats entre le nord et le sud peuvent être enrichissants.

Ça fait un peu plus de deux ans que j'ai la chance de travailler à l'établissement de ce pont entre les groupes du RGPAQ et les partenaires du sud du CECI. Mon implication dans ce projet découle directement du fait que j'y crois profondément.

Malgré des contextes d'intervention très différents sur le terrain, nos luttes sont les mêmes : on parle de Pauvreté, on parle d'Exclusion!
De plus, nous partageons les mêmes principes, les mêmes valeurs : que l'on soit à Niamey, à Dakar ou à Montréal, l'alphabétisation n'est pas une fin en soi mais un outil d'action. À partir du moment où j'ai pu vérifier ça, il est devenu évident que l'on pouvait travailler ensemble, c'est-à-dire : « Partager des savoirs-faire ».

Si je résume, en un seul mot, le chemin que l'on a parcouru pour en arriver à un partenariat, je vous dirais : Rencontres! Rencontre au pluriel. Parce qu'on parle de plusieurs rencontres qui ont été déterminantes et significatives.

Janvier 2005, au Forum social mondial : une première rencontre!
Celle d'Ibrahim Farmo, du Centre de formation des cadres en alphabétisation, à Niamey. On passe beaucoup de temps à échanger sur nos pratiques. Malgré une terminologie parfois différentes, on s'aperçoit que l'on parle le même langage, on s'entend sur un grand nombre de principes. Je me rends compte qu'on est peut-être pas dans la même barque, mais il ne fait aucun doute : nous ramons dans la même direction.

Novembre 2005 : à Dakar.
Dans le cadre du séminaire professionnel organisé par Uniterra, plusieurs acteurs en éducation du nord et du sud se retrouvent à la même table. Une deuxième rencontre déterminante :  Mor Diakhaté. Celui-ci a organisé des visites sur le terrain, question de nous aider à comprendre ce qui se fait. Je m'imprègne de ce que je vois, ce que j'entends. Nous arrivons au Centre communautaire Gallé Nanondiral à Yeumbeul. C'est là que Mor nous présente un membre de son équipe de travail : Fatoumata Soly. Une autre rencontre! Elle nous explique l'approche qu'ils mettent de l'avant sur le terrain : les Cercles Reflect!

À ce moment précis, il y a un déclencheur. Je bois littéralement ses paroles. Je note tout. J'ai environ mille questions. Je crois que mon intérêt est palpable. C'est pourquoi, deux jours plus tard, ils m'offrent d'aller directement sur le terrain, rencontrer les femmes du Cercles Makhlarim Akhlaaki (excusez mon accent, j'en ai un très fort en wolof). J'ai les deux pieds dans le sable d'une cour intérieure de Keur Massar, en périphérie de Dakar. Une nouvelle rencontre déterminante : celle d'une trentaine de femmes qui ont la générosité de m'apprendre, directement dans l'action, ce qu'est REFLECT. Une approche qui lie l'alpha et l'action, l'alpha et la communication, l'alpha et le pouvoir.

Je suis emballée. Je suis profondément convaincue que c'est une piste précieuse. Voici une façon de faire qui ne peut qu'intéresser mes collègues au Québec. C'est de là qu'est née l'idée de notre projet de mission Nord-Sud/Sud-Nord. L'automne passé, nous avons eu la chance de rencontrer des femmes de plusieurs Cercles. Encore une fois, des rencontres marquantes, inspirantes et enrichissantes.

C'est pourquoi, en accueillant nos collègues sénégalais dans nos groupes au Québec, nous espérons qu'ils trouvent eux-aussi, une façon de faire qui les interpelle. À eux, de trouver ce filon précieux « made in Québec » qu'ils ont envie de ramener chez eux.

Je terminerais en vous disant que toutes ces Rencontres m'ont permis un recul nécessaire sur ce que je fais ici. Ça fait 17 ans que je travaille dans un groupe d'alphabétisation populaire dans le Centre-sud de Montréal. Que d'aller en mission, de parler de ce que je fais ici , m'a permis d'inscrire ma pratique dans une perspective plus large. De façon générale, on constate assez facilement les différences entre le sud et le nord. En établissement ce pont, ce qu'on découvre, c'est plutôt ce qui nous rassemble!