Partenaires sud-nord en éducation
Alphabétisation et pouvoir des femmes au Sénégal
Roch Harvey, Uniterra
Le Sénégal, comme beaucoup de pays africains, affiche un taux d’analphabétisme de plus de 60%, dont une majorité de femmes. Le programme Uniterra a donc choisi au Sénégal d'intervenir dans le secteur de l'éducation non formelle, particulièrement auprès des femmes, en langue nationale ou en français. Selon Mariétou Dia, spécialiste Uniterra du secteur éducation au Sénégal, l'alphabétisation ne doit pas être une fin en soi mais un moyen pour faire des personnes des agents de développement.
L'alphabétisation au service de la personne
Cette approche qui cherche à habiliter les individus veut se distinguer des pratiques antérieures de l'alphabétisation fonctionnelle qui se limitait à introduire un vocabulaire technique pertinent dans les contenus de formation. Il s'agit désormais, en partenariat avec les opérateurs nationaux du secteur de l'alphabétisation, de mener les personnes apprenantes vers la formation professionnelle, l'apprentissage d'un métier ou la formation en gestion et entreprenariat par exemple. Bref, partir des forces et des compétences des individus et les accompagner dans un apprentissage social et professionnel. Une pareille méthode de travail impose une dimension participative. Les programmes de formation sont élaborés à partir des besoins exprimés par les femmes, en fonction de leurs propres objectifs, de l'impact que peut avoir l'alphabétisation sur leur vie.
Éducation et droits des femmes
Selon Mariétou Dia, « jusqu'à récemment, les organisations de coopération internationale ne s'adressaient qu'aux questions pratiques concernant les femmes : par exemple, l'allègement de leurs tâches grâce à des équipements comme l'aménagement de puits ou l'installation de moulins à farine. Cette approche avait ses points positifs, mais elle confirmait les femmes dans leur rôle traditionnel. Au Sénégal, le CECI est une des premières ONG internationales à travailler sur les enjeux stratégiques et politiques qui déterminent la condition féminine africaine, que ce soit les questions de droit et de citoyenneté, l'équité ou le partage du pouvoir dans toutes les sphères sociales et économiques, de la cellule familiale à la société civile. » Les partenaires nationaux d'Uniterra, comme la Coalition nationale des opérateurs en alphabétisation, réalisent également un travail politique de plaidoyer qui vise la reconnaissance par l'État de l'éducation non formelle.
Sortir les exclus de la marginalité
L'éducation non formelle et l'alphabétisation doivent donc permettre de développer l'employabilité des personnes, de sortir les exclus de la marginalité et d'en faire des citoyens à part entière. Poursuivant dans la même philosophie, le programme Uniterra accompagne maintenant des organisations sénégalaises qui mettent en œuvre des programmes d'éducation non formelle qui renforcent les droits et le pouvoir des femmes : le pouvoir de décision au sein de la famille, le pouvoir d'étudier, le pouvoir de réussir leur vie.
