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Congé solidaire

Entraide universitaire mondiale du Canada

Diane Fahlman : une expérience vietnamienne

Je suis responsable des relations avec les anciens et de la collecte de fonds à l’Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC/WUSC) et, à ce titre, il m’a fait plaisir de participer en juillet 2008 au Congé solidaire, occasion qui m’a été offerte par mon employeur.

En tant qu’employeur, l’EUMC participe à cette initiative en permettant annuellement à ses employés des bureaux canadien et outre-mer d’utiliser leur congé annuel pour s’investir dans une initiative de développement à l’étranger.

Cette année, j’ai été la candidate choisie pour être responsable de la collecte de fonds dans une ONG locale nouvellement créée de Hanoi, Vietnam. Cette ONG, REACH (Ray of Everlasting and Continuous Hope), se spécialise dans la formation professionnelle à court terme de jeunes vietnamiens en difficulté.

REACH offre des cours conçus spécialement pour les enfants de la rue et les enfants de migrants âgés entre 18 et 25 ans qui ne peuvent accéder aux programmes de formation officiels donnés en ville. Ces jeunes ne disposent pas d’un réseau social suffisant à Hanoï, ni des aptitudes et de la confiance en soi nécessaires à l’obtention d’un emploi stable. En revanche, ils sont motivés à améliorer leurs conditions et c’est à ce niveau que REACH travaille. Il s’engage à favoriser le développement de ces jeunes, à les aider à développer leur potentiel et à briser le cycle de la pauvreté. REACH recrute les enfants de migrants et leur offre de la formation professionnelle à court terme gratuitement. Le personnel vietnamien du bureau (directeur, administrateur et professeurs à temps partiel) travaille conjointement avec les communautés locales pour élaborer des cours qui sauront répondre aux besoins des employeurs en technologie de l’information, en relations avec la clientèle, en ventes et marketing et en hôtellerie. La formation est à la fois pratique et théorique et complétée par des connaissances essentielles à la vie quotidienne telles que la négociation,  la résolution de problèmes, la prise de décisions, le travail en équipe et l’esprit critique. Les anciens du programme REACH ont su faire leur place et plus de 80 % des 1 000 diplômés depuis 2004 occupent un emploi stable. Mon mandat était d’aider cette ONG à élaborer un plan de collecte de fonds en vue que l’organisation obtienne son autonomie financière au cours des trois prochaines années.

Suite à ma formation pré-départ, j’ai pris l’avion et suis arrivée à Hanoi après un voyage de 22 heures. Il faisait plus de 30∞C lorsqu’un chauffeur vietnamien très aimable est venu me chercher à l’aéroport et m’a déposée au centre-ville, situé à 30 km de là. En cours de route, j’ai vu des buffles traversant les champs ou se tenant sur le bord de la route, des cyclistes transportant des paquets contenant divers articles et des centaines de travailleurs semant le riz dans les champs humides et portant les traditionnels chapeaux coniques en paille, appelés nón lá. C’était comme si je faisais un voyage dans le temps.

Lorsque je suis arrivée à Hanoi, j’ai tout de suite senti un changement d’espace et de temps. C’est en effet une ville de près de 4 millions d’habitants où il me semblait que chacun devait avoir sa moto; les rues en étaient pleines et la circulation était très chaotique, c’était du jamais vu pour moi. Les klaxons sonnaient constamment, mais le trafic semblait normal. Le soir, Hanoi grouille d’activité sociale et toutes les rues sont remplies de vendeurs de toutes sortes, de restaurants à ciel ouvert vendant soupe et bière, de joueurs d’échecs, de jeunes, de personnes âgées, de bébés, tous souriants. Les arômes de soupe bouillonnante et de la nourriture grillée au barbecue était appétissants, omniprésents et ils restent gravés dans ma mémoire.

Pour faciliter ma transition, les gens du bureau de l’EUMC ont fait en sorte que des étudiants bénévoles du Collège de Tourisme de Hanoï viennent me rencontrer le lendemain de mon arrivée. Ça a été merveilleux et m’a enlevé le stress d’avoir à organiser mes activités touristiques de fins de semaine. J’avais deux charmantes guides âgées de 20 ans à ma disposition, qui faisaient des études en histoire, en tourisme et en anglais. Elles étaient heureuses de me faire connaître leur ville, de me donner un aperçu de l’histoire du Vietnam et elles se sont assuré que je puisse visiter les sites les plus importants tout en faisant des pauses pour goûter aux soupes et au savoureux café glacé vietnamien.

Lors de mon premier jour officiel comme bénévole, les gens du bureau de l’EUMC à Hanoi m’ont présenté la relation qu’ils ont avec les organismes partenaires vietnamiens, ce que serait mon rôle et ce qu’ils attendaient de moi. Ils m’ont par ailleurs rappelé les protocoles culturels en vigueur. Par la suite, j’ai visité l’école, rencontré le personnel de REACH et la cohorte de 100 étudiants qui y suivaient une variété de cours. J’étais renversée par la politesse des étudiants, leur enthousiasme et leur volonté à apprendre l’anglais et à en apprendre plus sur le Canada. J’étais aussi surprise par la simplicité du bâtiment : la peinture s’arrachait des murs dénudés, les bancs et tables étaient faits en bois et il n’y avait pas un ventilateur fonctionnel malgré les classes bondées d’étudiants qui assistaient aux cours six jours par semaine.

Ma  tâche pour la première semaine consistait à établir comment l’ONG devait commencer à amasser ses fonds. Après avoir fait une brève analyse de la situation, j'ai présenté cette situation au personnel puis leur ai expliqué comment procéder à une collecte de fonds. Il fallait ensuite rédiger un argumentaire et un formulaire pour les dons, établir un plan stratégique pour attirer les donateurs et donner des conseils pour la mise en page du site Web. J'ai ensuite établi une liste de donateurs potentiels à Hanoi pour qu'ils puissent commencer à les contacter et à leur proposer de nouvelles idées sur la manière d’attirer l'attention des Vietnamiens de la diaspora à l’international. Je leur ai laissé un classeur de ressources que j'avais amassées durant les années où je travaillais avec des organismes à but non lucratif au Canada pour les aider dans la rédaction de demandes à des bailleurs de fonds, leur donner des idées pour renforcer leurs relations avec les anciens et la gestion des donateurs. J’étais enchantée de constater qu’avec un personnel si dévoué, d’excellentes relations avec les employeurs des anciens et de bonnes pratiques de gestion, l’ONG a de fortes chances d’attirer des donateurs. En parallèle, j’ai eu l’occasion de donner plusieurs cours d’anglais ce qui m’a permis d’être plus engagée dans les conversations avec les étudiants; nous nous sommes amusés en apprenant chacun la langue de l’autre.

Cette expérience a été très significative pour moi, car j’ai eu l’occasion de vivre dans un pays en voie de développement, de connaître les gens, de participer à leur vie quotidienne et de comprendre leur réalité comme, par exemple, la manière dont la guerre peut dévaster un pays sur plusieurs générations. Dans ce contexte, le fait d’apporter ma contribution, même de façon infime, était très gratifiant. Cette expérience a changé la façon dont je vais voyager à l’avenir, tant pour moi que pour ma famille; je retournerai au Vietnam, mais plus jamais en simple touriste et j’incorporerai le bénévolat dans mes voyages futurs.

Ma suggestion pour l’ONG vietnamienne est, qu’après mon départ, un volontaire expérimenté dans les  demandes de subvention aille via le programme Congé solidaire passer deux ou trois semaines dans leur bureau de Hanoi pour leur apporter un soutien à ce niveau.

J’étais à Hanoi du 4 au 25 juillet 2008.