Le microcrédit endette-t-il les femmes?


Le microcrédit endette-t-il les femmes? Faut-il repenser le microcrédit?

 

Un des aspects importants du pouvoir économique des femmes est leur accès et contrôle des ressources. En fait, l’accès et le contrôle des ressources constituent une condition préalable qui, lorsque combinée au pouvoir individuel ou collectif, apporte le changement et l’amélioration des conditions et du statut de la femme.

Parmi les ressources, il y a bien évidemment l’argent, fourni sous forme de crédit ou de microcrédit. Cela fait maintenant 30 ans que le microcrédit est vu comme une panacée par les bailleurs de fonds et les programmes de développement. Aujourd’hui, plus de 150 millions de personnes reçoivent du microcrédit et les institutions de microcrédit cumulent entre elles près de 167 milliards d’actif. Mais est-ce que le microcrédit sert vraiment à sortir les femmes de la pauvreté?

Il existe de nombreuses histoires et études de cas autour de programmes de microcrédit, tant positives que négatives. Dans certains cas, le microcrédit a réellement permis à des femmes de sortir de la pauvreté extrême dans laquelle elles vivaient et de démarrer de petites entreprises viables. Dans d’autres cas, en Afrique de l’Ouest notamment, de nombreuses femmes se sont endettées en accédant à trop de crédit et passent leur temps à emprunter d’un côté pour rembourser leur dette de l’autre. De façon générale, il apparait que les programmes de microcrédit ne sont positifs que lorsque combinés à de la sensibilisation, de la formation et du renforcement des capacités techniques et un accompagnement adéquat.

Aujourd’hui, si le microcrédit est remis en question, c’est en partie parce qu’il a perdu sa mission sociale de ses débuts et en grossissant, s’est tout simplement transformé en banque à but lucratif et que les prêts sont désormais remboursables à des taux d’intérêt trop élevés. C’est ce détournement d’objectif et le manque de suivi qui font que le microcrédit ne contribue pas toujours à sa mission première. À l’inverse, le système des tontines, ou crédits d’entraide où des groupes de femmes mettent en commun leur argent dans une caisse qui est donné a l’une d’entre elles à tour de rôle selon les besoins, a tendance à donner des résultats, notamment parce que la mission première est vraiment l’entraide et non le profit. D’autres parlent de transformer la vision du microcrédit en changeant sa finalité qui deviendrait d’avoir accès aux ressources et au pouvoir économique plutôt que de fournir de l’argent. En Indonésie, par exemple, un programme de microcrédit parle d’épargne et d’emprunt et non de microcrédit.

On pourrait cependant repenser le problème d’une autre façon. En effet, comment obtient-on normalement de l’argent sinon en travaillant et en étant rémunéré pour le faire? Or, la plupart des femmes travaillent à élever leurs enfants, à prendre soin de leur famille, incluant les soins aux personnes âgées, soit encore en réalisant du travail communautaire bénévole, en aidant leur mari au champ, etc., toutes sortes de taches pour lesquelles elles ne sont pas payées. En payant les femmes pour leur travail anonyme, on annulerait le besoin trop fréquent de recourir au microcrédit et on reconnaitrait enfin leurs contributions à l’économie du pays, tout en leur redonnant leurs confiance, dignité et fierté.


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